J'ai enfin lu L'instinct de mort de Jacques Mesrine, profitant de la réédition dont Bruno Mesrine est à l'origine. Je pressentais que j'allais aimer ce livre avant même de l'ouvrir, et je ne me suis pas trompé. Pour moi, L'instinct de mort est à ranger sur la même étagère que le bouquin de Caryl Chessman Cellule 2455 et celui d'Edward Bunker L'éducation d'un malfrat. On peut dire ce qu'on veut concernant l'aspect littéraire du texte, je m'en fous royalement, Jacques Mesrine était un truand, pas un écrivain. Et pourtant, il réussit à amener le lecteur dans son univers, ce qui à mon sens est loin d'être le cas pour la majorité des auteurs.
Bizarrement, je n'ai eu aucun mal à me glisser dans la peau du personnage, et à la fin du bouquin, je me suis rendu compte que j'acquiesçais à la plupart de ses actes. Rien ne m'a dérangé, c'est grave docteur ? D'ailleurs, il suffit de retourner à l'époque où il sévissait pour s'apercevoir qu'en France, Jacques Mesrine était surtout l'ennemi public du ministre de l'Intérieur (qui risquait de perdre sa place) et des flics qui en avaient peur. Dans le reportage d'Hervé Palud, Mesrine, profession ennemi public, on entend dire de la bouche de plusieurs personnes et notamment d'une des concierges d'un immeuble du XVIIIème arrondissement où L'Ennemi public n°1 a résidé, que si elle avait su qui il était, elle ne l'aurait pas dénoncé. À mourir de rire, vraiment.
J'aime bien aussi le moment du livre où Jacques Mesrine est au Québec, avec ses copains québécois, les seuls à qui il pourra s'adresser quelques années plus tard pour le faire évader de la prison de la Santé ; finalement, il s'évadera par ses propres moyens, avec la complicité d'un maton et en compagnie de François Besse. On imagine bien la clique de Québécois débarquant à l'aéroport Roissy-Charles-de- Gaulle, venus pour délivrer leur ami de l'administration pénitentiaire française. Ça me donne la chair de poule toute cette belle solidarité, par-delà les frontières. Jacques Mesrine était un amoureux du Québec, il trouvait les Québécois très accueillants, ça ne l'a pas empêché de dévaliser leurs banques. Sabrina, la fille de Jacques, lui proposa d'aller fleurir la tombe de Jean-Paul Mercier, son complice québécois : "J'étais heureux qu'elle puisse connaître ce merveilleux pays ; c'étaient, en plus, les Jeux olympiques de Montréal", lui dit son papa avant qu'elle ne quitte le parloir de la prison pour s'envoler vers l'Amérique du Nord.
Je ne savais pas que Jacques Mesrine était un excellent cuisinier, qu'il avait durant quelque temps essayé de se ranger en ouvrant une auberge. Il aimait faire la blanquette de veau et le lapin chasseur, il aimait le vin rouge, le champagne et les femmes, comme tout le monde. Au milieu des cadavres, j'ai trouvé que ce gars-là avait de la tendresse pour ses compagnes, de l'amour pour ses enfants, son père et sa mère, n'importe quel salaud peut avoir de l'amour, certes, mais on a pas besoin d'avoir du sang sur les mains pour être une ordure. C'est durant la guerre d'Algérie qu'il a appris à tuer, ça l'excuse de pas mal de choses - pour ceux qui ont le jugement facile.
Puis, j'ai enchaîné avec L'instinct de vie de Sylvia Jeanjacquot, la compagne de Mesrine durant ses dix-huit derniers mois de cavale, m'attendant à un témoignage nauséeux sur la vie de couple, la destruction du mythe Mesrine, etc. Hé bien non, c'est tout le contraire. On assiste à une belle rencontre, Mesrine déguisé en chef de chantier qui circule à mobylette, Sylvia la belle Italienne qui travaille comme barmaid dans un bar à hôtesses de Pigalle. Mesrine boit du Cristal Roederer, comme n'importe quel chef de chantier, il s'est rasé la tête au milieu et il s'est teint en roux ; à l'heure de la pause, il s'en va acheter des religieuses au chocolat pour Sylvia. Il trimballe une sacoche renfermant un Magnum 357, il invite la belle Italienne au restaurant et lorsqu'elle s'aperçoit du contenue de la sacoche, il prétend finalement être avocat : "Je dois pouvoir me défendre", explique-t-il à Sylvia qui n'a jamais entendu parler de Jacques Mesrine et qui commence à s'enticher sérieusement du chef de chantier, de l'avocat, peu importe, il lui plaît et elle quitte son boulot pour partir en Italie avec lui.
Au quotidien, on y découvre Jacques Mesrine en pantoufles commentant le journal télévisé, préparant un de ses plats favoris, apprenant à Sylvia à faire la cuisine, s'associant à des truands qui vont le trahir, préparant des hold-up, risquant sa peau pour faire fermer les Q.H.S., épargnant un flic qui, lui, ne l'aurait pas épargné, se levant tard, ayant du mal à digérer.
Bref, toute une affaire, pleine de romantisme, d'aventure, de vie et de mort.
Jusqu'à ce que les flics mettent fin au chapitre.
Fleury-Mérogis...
Un jour de septembre 1976
où j'existais si peu
que je n'étais même pas « personne ».
MESRINE
(L'instinct de mort)