Lire la biographie de A. E. Hotchner sur Ernest Hemingway est comme un bol de sang neuf. Hotchner fut son ami durant treize ans, il le rencontra à Cuba en 48, Hemingway était déjà au sommet de sa gloire, quant à Hotchner, il était un jeune journaliste chargé par Cosmopolitan d'obtenir d'Hemingway un article sur l'avenir de la littérature. On assiste à la naissance d'une amitié qui se prolongera jusqu'au suicide de l'écrivain. "Cette association allait se révéler à la fois vivifiante, amusante, éducative, exaspérante, enthousiasmante, épuisante et pleine d'imprévus."
La vie d'Hemingway est bien remplie, l'homme a soif d'aventure, d'expériences qui le mèneront sur le front via la Croix-Rouge italienne lors de la Première Guerre mondiale, en Espagne au côté des Républicains, puis en Normandie lors du débarquement en 44 où il sollicita auprès du Général Leclerc deux ou trois Jeeps, un blindé et une douzaine d'hommes afin d'aller libérer le bar du Ritz à Paris.
Les anecdotes sont savoureuses, Hemingway évoque ses débuts d'auteur, lorsqu'il lui arrivait de pleurer en lisant les lettres de refus qui accompagnaient le retour de ses manuscrits. Face à la surprise du biographe, Hemingway répond : "Je pleure, mon gars. Quand la douleur est trop forte, je pleure."
Pour Hemingway, l'écriture est un match de boxe : "J'aime écrire debout, pour perdre mon ventre et parce qu'on a plus de vitalité quand on est sur ses pieds. Qui a jamais pu tenir dix rounds assis sur son derrière ?" Il continue en stipulant qu'il existe deux règles absolues en littérature : "La première est que, si vous faites l'amour pendant que vous vous acharnez sur un roman, vous risquez fort d'en laisser les meilleurs passages dans le lit. La seconde, c'est que l'honnêteté d'un écrivain est semblable à la virginité d'une femme : une fois perdue, elle ne se retrouve plus jamais." Quand on lui demande quel est son credo : "Mon credo, c'est d'écrire de mon mieux sur les choses que je connais et que je sens profondément."
Tout une école que celle d'Hemingway, on boit dès le matin, du bloody mary en particulier, on pêche l'espadon, on traverse l'Espagne pour une course de taureaux, on s'envole vers l'Afrique pour un safari, on s'entoure d'amis tels que Marlène Dietrich, Scott Fitzgerald, le matador Ordoñez, le Prêtre-Noir (un curé républicain espagnol qui aime le turf), Gary Cooper, Ava Gardner, Ingrid Bergman... On vit à plein.
Comme le dit Hotchner : "Les génies sont tous morts."
Je me demande pourquoi ils n'ont pas été remplacés.