À vingt ans, je suis parti bourlinguer au Maroc. J'y suis resté près d'une année. J'ai débarqué à Tanger après avoir parcouru l'Espagne et le Portugal à pied, en bus et en stop, je m'arrêtais pour travailler dans des exploitations agricoles, dormais à la belle étoile.
Je quittai le port et me dirigeai vers la Kasbah, la place du grand Socco, puis celle du petit Socco. Après l'Espagne et le Portugal, ce que je ressentis alors fut tout autre. Cela me semblait magique et dangereux, d'ailleurs ça l'était.
J'arpentais les rues de la médina à la recherche d'un petit hôtel, jetais un œil en direction des terrasses de café, les gens buvaient du thé, fumaient du kif. Il faisait nuit et chaud, les odeurs, les sons et les couleurs n'étaient plus les mêmes, j'étais ailleurs.
Je me perdis. Me retrouvai dans une rue étroite et sombre. Lorsque trois gars vinrent à ma rencontre. L'un d'eux sortit un couteau de sa poche, me poussa contre un mur et me mit la lame sous la gorge. Ils voulaient mon argent, ils tombaient mal. Je tentai de leur expliquer que je ne possédais rien, alors ils essayèrent de m'arracher mon sac à dos dans lequel j'avais un petit carnet sur lequel j'écrivais mes impressions de voyage. Ce carnet était la seule chose à laquelle je tenais, et il était hors de question que je leur en fasse cadeau.
La lame du couteau m'entailla légèrement la gorge, je réussis à me dégager et me mit à courir avec les trois autres à mes trousses. Ils me rattrapèrent, je luttai et aperçus l'enseigne d'un hôtel. Je me précipitai à l'intérieur et sauvai mon carnet. Les gars me crièrent qu'ils m'attendraient, que je ne leur échapperais pas.
Je m'avançai vers le comptoir de la réception, l'homme qui se trouvait-là avait vu la scène et il se marrait, je riais avec lui. Il baissa le son de la radio sur laquelle il écoutait Oum Kalthoum, puis me tendit la clé d'une chambre. Je déposai mes affaires sur le lit et regardai vers la rue : il n'y avait plus personne. Je m'endormis. À cinq heures du matin, quelqu'un frappa à ma porte, cétait le signal, il était temps de partir. Les rues étaient désertes, je me dirigeai vers la maison d'un Français dont on m'avait transmis l'adresse. Je restai devant la grille de la maison en attendant que l'heure tourne, afin de ne pas le réveiller.
L'homme en question habitait un palais. Mes vêtements étaient sales, j'étais un routard. Il m'accueillit comme si j'étais son fils. Il avait de nombreux amis, des Américains pour la plupart. Je les faisais rire. Leur monde n'était pas le mien, mais j'y pris vite goût. On m'habilla de la tête au pied, je picolais des bloody mary dans des clubs où était passé Hemingway et bouffais dans les meilleurs restaurants.
Puis, je laissai derrière moi le confort et repris mes vieux habits. J'étais là pour écrire, quoi que je fasse j'étais là pour écrire. Je pris un bus en direction de Fez où je passai quelque temps chez des Marocains. Je tombai amoureux, la fille tomba enceinte. Avant de filer plus au sud, vers Marrakech, Ouarzazate et M'Hamid, je fis un détour par Rabat puis Salé où je passai plusieurs mois, portant un chèche d'homme bleu et vendant du shit aux touristes...