Comment devient-on "le plus grand peintre d'Amérique", l'artiste "le plus cher du monde" ? C'est en lisant la biographie de Jackson Pollock par Steven Naifeh et Gregory White Smith qu'on aura la réponse. Jackson Pollock est né en 1912 à Cody dans le Wyoming. Il est issu d'une famille de pionniers qui comptait déjà quatre garçons. Son frère ainé avait un bon coup de crayon, et c'est sans doute par mimétisme et besoin de s'affirmer que Jackson Pollock commença à dessiner et à peindre. Trouver sa place parmi ses frères, lui à qui l'on épargnait les corvées et le travail de la ferme, qu'on traitait gentiment de fillette. Jackson Pollock dut d'abord faire ses preuves au sein même de sa famille, il dut s'en affranchir et n'y parvint jamais. Les sujets qu'il dépeint dans son oeuvre sont liés aux traumatismes de l'enfance, sa relation au monde est celle d'un enfant de cinq ans, dont le désinhibiteur est l'alcool. Comble de malchance, Jackson Pollock ne sait pas boire, il s'effondre après quelques verres, entre-temps, il fout tout en l'air sur son passage et devient à moitié dingue.
Jackson Pollock cogne les hommes et insulte les femmes, derrière lesquelles plane l'ombre d'une mère castratrice. Rencontre Lee Krasner qui va croire en lui et faire abstraction de son propre talent d'artiste afin de le mettre en avant, de lui apporter l'assurance dont il a manqué. Lee Krasner fait office de maman, d'amante, mais aussi de secrétaire, et gère les relations publiques. Elle lui fait rencontrer Peggy Guggenheim qui l'expose dans sa galerie Art of this Century à New York en compagnie de Mark Rothko et du gratin de l'expressionnisme abstrait.
L'accession de Jackson Pollock à un début de notoriété va être longue et entrecoupée de séjours en cures de désintoxication, il commence une thérapie, la première d'une longue série et replonge de plus belle. Il se passionne pour L'art primitif des Indiens d'Amérique, mais aussi pour les fresques de José Clemente Orozco qu'il a découvert en Californie. Puis adopte la technique du Dripping, consécutive à l'Action Painting. Il accepte de quitter New York à la demande de Lee Krasner qui souhaite le préserver de ses mauvaises fréquentations et le couple s'installe à Springs dans une petite maison près de Long Island, où Jackson Pollock va peindre ses toiles les plus importantes et où il trouvera la mort dans un accident de voiture le 11 août 1956.
Comme l'écrivent Steven Naifeh et Gregory White Smith : "Aucun artiste, à l'exception peut-être du Caravage et de Van Gogh, n'a eu une existence aussi tumultueuse. Pollock fut à l'art américain ce qu'Hemingway fut pour la littérature et James Dean pour le cinéma."